A l’écart des plages, face baie, il est un lieu où cette histoire se raconte au passé, au présent, au futur, dans une scénographie attractive mais aussi sur le terrain. Son emplacement dans le petit village de Sallenelles n’est pas un hasard.

Un passé portuaire

Sallenelles est un des exemples les plus manifestes de l’évolution du paysage au gré des interventions humaines. C’était jadis un port de pêche soumis au flux et un important chantier naval. La mer montait plus haut : au bord de la route départementale 514, l’emplacement d’un ancien moulin à marée en témoigne. Le canal de l’Orne, construit entre 1837 et 1857, a stérilisé l’ancien port. Les surfaces gagnées sur la mer (endiguement, systèmes de vannes) ont enfriché le paysage, isolé le village dans son estuaire. La plupart des activités ont périclité, y compris la pêche à pied.

Hier restaurant mondain…

Sallenelles peut et veut encore revendiquer son caractère maritime. Sur le rivage, un édifice du début du XXe siècle au profil "néo-normand" a toujours été, à sa façon, un emblème de cette identité. Avant de devenir la Maison de la nature et de l’estuaire, le bâtiment était déjà témoin de tout ce qui se tramait autour de la baie. Construit à l’initiative d’une personnalité du monde du spectacle, ce fut d’abord l’"Hostellerie de la Sauvagine" (la sauvagine désignant  divers  oiseaux aquatiques fréquentant la baie) : un restaurant qui accueillait une clientèle parisienne fortunée, férue de gibier. 
Après guerre, l’établissement devint l’ "Hostellerie du canard piqué" (allusion à la technique de chasse consistant à disposer ses "appelants" autour d’une mare en les attachant à un piquet), rendez-vous huppé de la bonne société.

… aujourd’hui relais de sensibilisation à la nature

Les années 1980 ont marqué un tournant avec l’acquisition de l’emblématique auberge par le conseil général du Calvados. L’établissement est aujourd’hui un des trois équipements gérés par le CPIE Vallée de l’Orne (centre permanent d’initiatives pour l’environnement). L’ancien restaurant de chasseurs est devenu une auberge de la découverte où on savoure le patrimoine au cours d’une visite ludique et interactive. Des maquettes recréent la mobilité des paysages au fil de l’histoire, des vidéos mettent en scène les hommes, des tiroirs mystérieux révèlent les trésors de l’estuaire. Dehors, un parcours extérieur recrée des espaces naturels, leur faune, leur flore.

Les enjeux écologiques

Mais ce n’est pas tout. Aiguillon de la découverte, la maison de la nature, labellisée Famille Plus, propose de remarquables expositions à thème, des animations, ateliers et sorties sur le terrain : ornithologie, découverte des "bons" et des "mauvais" déchets de la laisse de mer, plantes sauvages, vie cachée des dunes, de l’estran, des marais d’eau douce ou saumâtre… Témoin, acteur et médiateur, la M.N.E. est fortement impliquée dans les débats relatifs à la protection du site de l’estuaire, aux mesures à prendre pour "accompagner" la remontée du niveau marin, aux sujets brûlants d’une actualité bien vivante.