L’estuaire est un peu le jardin dominical des habitants de l’agglomération caennaise, un jardin sous haute surveillance : environ 1000 ha d’espace protégé dont 325 ha de terres acquises par le Conservatoire du littoral et gérées par le département. Entre fleuve et mer, découvrez vous aussi ce tableau vivant où terre et eau se mêlent en une mosaïque de décors imbriqués : le contact entre ces milieux multiples favorise la biodiversité.

Métamorphoses liées au canal

Ici, c’est d’abord l’eau qui a modelé le paysage : au quotidien car l’estuaire vit au rythme des marées ; au fil des siècles car les variations du niveau marin ont fait évoluer le trait de côte. Souvent en lutte avec la mer, les hommes ont multiplié les interventions : pour lutter contre l’envasement et sauver la navigation jusqu’au port de Caen, pour libérer des terres agricoles ou des zones balnéaires. La création du canal de l’Orne a particulièrement bouleversé le profil de la baie, modifiant le sens des courants marins et charriant les sédiments vers l’est.

Chasse au gabion

Sur la rive droite, le rivage est celui de Ranville, Amfreville, Sallenelles et Merville-Franceville-Plage. Les milieux naturels abondent : estran sableux, dunes, prairies humides pâturées, vasières littorales recouvertes à marée haute,  herbus ou prés salés atteints seulement par les grandes marées…
La richesse biologique de l’estuaire a généré un éventail d’activités traditionnelles, certaines se pérennisent dans un cadre réglementé. La chasse au gibier d’eau, gérée par une association départementale, se pratique la nuit d’août à janvier depuis des huttes flottantes appelées gabions. Plus récent, le ramassage de la "pelouze", ver de vase vendu notamment pour la pêche en Méditerranée, est aujourd’hui réservé à quelques professionnels.  

Etape pour oiseaux migrateurs

Seul estuaire entre la baie des Veys et l’embouchure de la Seine, l’estuaire de l’Orne est une étape incontournable pour beaucoup d’oiseaux migrateurs : aire de "pique-nique", aire de repos de courte ou de longue durée pour les hivernants ou estivants. L’hiver voit s’installer sarcelles, canards pilets, souchets ou siffleurs, bécasseaux et autres pingouins venus du nord. Au printemps, d’autres espèces remontant d’Afrique sont de retour, certaines se sédentarisent. Mention spéciale aux oiseaux nicheurs et surtout au gravelot à collier interrompu qui a choisi les bancs de sable et le haut de plage pour nidifier entre avril et juillet, au péril de ses œufs en proie au piétinement ! 

Un site Natura 2000

Pour connaître cette remarquable avifaune, parcourez le chemin aménagé autour du Gros Banc, ancien polder devenu réserve ornithologique près de la pointe de Merville. Des observatoires et des panneaux explicatifs vous y attendent. Au titre de la directive européenne "oiseaux", le site de l’estuaire figure comme "zone de protection spéciale"  rattachée au réseau "Natura 2000" : un dispositif pour concilier préservation des espèces naturelles et enjeux économiques. La superposition des statuts de protection et de gestion de la baie et le nombre de partenaires qu’elle implique peuvent sembler complexes ; ils témoignent de l’incontestable valeur patrimoniale du site.