C’est un jardin de mémoire, un lieu de silence qui parle de la guerre et inspire la paix. Second des seize cimetières britanniques de Normandie par le nombre de ses tombes, 2564, le cimetière militaire de Ranville est intégré au village, proche du cimetière paroissial. Achevé en 1952, il regroupe notamment des soldats des premières unités aéroportées et des acteurs des dernières batailles au nord et à l’est de Caen. 8 nations sont représentées, alliées ou ennemies d’hier que la mort et la  mémoire ont réunies.

8 nations présentes

Ces cimetières militaires marquent le paysage normand, ils donnent un nom ou plutôt des milliers de noms à l’Histoire : 100 000 soldats de 14 nationalités reposent dans 28 cimetières. A Ranville, ils sont 2152 Britanniques, 322 Allemands, 76 Canadiens, 3 Néo-Zélandais, 2 Australiens, 5 Français, 1 Polonais, 1 Belge et 2 soldats non identifiés. Le plus jeune avait 15 ans. Comme les nombreux monuments commémoratifs, le cimetière militaire porte le souvenir d’un secteur durement éprouvé. 
La présence des combattants tombés lors de l’assaut de la batterie de Merville, de ceux qui ont succombé à Amfreville et aux alentours rappelle le lourd tribut payé lors des combats pendant plus de deux mois.

Jardin paysager

« Il faut donner l’impression d’un jardin plutôt que d’un cimetière ordinaire. » Une fois franchi le porche en pierre, les recommandations de la Commonwealth War Graves Commission se traduisent par une haie de hêtre, des chênes, la pelouse, des lavandes et des rosiers dont les couleurs vives s’épanouissent sur le blanc des stèles à la saison du fleurissement. Conçu par l’architecte et paysagiste Philip Hepworth, le lieu est agencé dans le respect de prescriptions elles-mêmes conformes à une charte royale de 1917. Un principe essentiel est respecté, celui de la commémoration individuelle : chaque soldat est honoré par une stèle rectangulaire en pierre blanche sur laquelle figure l’emblème de son régiment, son numéro, son matricule, son grade, son nom (ou la mention "known but to God") et son unité. Tout en bas est gravée une inscription choisie par les proches. Une grande croix blanche, la croix du sacrifice, se dresse dans le cimetière.

Le premier héros du 6 juin

L’importance des cimetières militaires reflète une tradition britannique qui veut qu’un soldat tué au combat repose sur la terre où il est tombé. La région compte aussi 300 sépultures dans les cimetières paroissiaux, souvent des pilotes ou des parachutistes. A Ranville, toute une partie du cimetière civil accueille à jamais les premiers morts de juin enterrés au pied du mur d’enceinte. Parmi les 47 soldats qui y reposent aujourd’hui figure Den Brotheridge, un lieutenant anglais de 29 ans souvent cité comme le premier soldat allié mort lors du Débarquement. La nuit du 6 juin, il avait été atteint par une balle dans la nuque en franchissant le Pegasus Bridge, deux semaines avant la naissance de sa fille. A proximité, un soldat allemand, abattu après avoir tué des parachutistes anglais, des soldats inconnus ou encore quatre anciens commandos Kieffer réunis après leur mort entre 1947 et 2006.